Les allergies mieux armées face au Covid-19 ?

Les allergies mieux armées face au Covid-19 ?

Des chercheurs suggèrent que les personnes asthmatiques seraient protégées contre le coronavirus. Cependant, il reste encore plusieurs zones grises.

Illustration d’une allergie aux pollens de graminées @BelgaImage

C’était la grande question quand le Covid a débarqué : les personnes allergiques sont-elles plus vulnérables au Covid-19 ou pas ? Plus de deux ans après le début de la pandémie, les premières réponses se dessinent. C’est ce qui ressort notamment d’une étude de la revue scientifique The Lancet Respiratory Medicine, et d’une autre de PNAS, publiée par l’American National Academy of Sciences. Si nous devions résumer la réponse, ce serait : ça dépend.

Des cellules qui se barricadent mieux

Celui de PNAS est le plus rassurant. Il s’avère que seulement environ 5% des asthmatiques, en l’occurrence ceux souffrant d’asthme sévère, sont plus susceptibles d’être des patients graves de Covid-19. Les autres pourraient au contraire être mieux armés pour affronter la maladie. Un véritable paradoxe qui a intrigué les chercheurs. “Nous savions qu’il devait y avoir une raison biomécanique qui pourrait expliquer pourquoi certains asthmatiques semblaient protégés contre le Covid sévère.», explique dans Science Daily l’auteur de l’étude, Camille Ehre.

Son équipe s’est donc mise en quête de savoir de quoi il s’agissait. Pour ce faire, ils ont étudié les mécanismes du système respiratoire, à la fois touchés par le Covid-19 et par l’asthme. Dans le cas du coronavirus, ce sont ses protéines Spike qui lui permettent de se fixer aux cellules humaines via le récepteur ACE2. Pour se protéger, ces cellules disposent d’un mécanisme de défense, appelé mucine MUC5AC. Problème : lorsque l’invasion est trop importante, les protéines responsables de sa production sont débordées. La quantité de mucine MUC5AC devient insuffisante et le coronavirus se développe.

Chez les asthmatiques, on observe cependant une surproduction de mucine MUC5AC due à la présence d’interleukine 13 (IL-13), c’est-à-dire le médiateur de l’inflammation allergique. Logiquement, grâce à cette barrière anti-Covid, ils sont donc mieux préparés à affronter le coronavirus. Mieux encore, l’IL-13 a également réduit la production du récepteur ACE2, ce qui limite encore les possibilités d’infection puis de contagion aux cellules environnantes. En résumé, le système respiratoire est barricadé. Des expériences en laboratoire avec l’utilisation d’IL-13 sur des cellules pulmonaires humaines ont confirmé cette hypothèse. Une piste pour développer de nouveaux traitements contre le Covid-19. “Cette étude montre l’importance de certains mécanismes spécifiques, impliquant l’expression de l’IL-13, et comment cela pourrait être utilisé pour protéger les patients et les empêcher de développer des formes sévères de Covid“, raconte Camille Ehre.

Certains asthmatiques beaucoup plus vulnérables que d’autres

Cependant, le chercheur admet qu’il existe encore des zones d’ombre sur le mécanisme exact de l’IL-13. Qu’est-ce qui est le plus protecteur : la production de mucine MUC5AC ou la réduction des récepteurs ACE2, ou un mélange des deux ? Ensuite, l’utilisation de l’IL-13 comme médicament en tant que tel est exclue, car elle provoquerait une inflammation chez les personnes qui souffrent déjà de ce problème. Enfin, il existe encore des asthmatiques qui réagissent très mal au coronavirus.

Parmi les personnes particulièrement sensibles au Covid-19, il y a au moins quelques enfants. C’est le sujet de l’étude The Lancet. Pour le montrer, les chercheurs ont vu grand, avec une cohorte de 750 000 enfants âgés de 5 à 17 ans. 5,8 % d’entre eux ont contracté le Covid et 0,9 % ont été hospitalisés. Parmi les 63 000 asthmatiques pris en compte, ces taux s’élèvent respectivement à 6,8 % et 1,5 %. Mais un enfant asthmatique n’en est pas un autre. Encore une fois, les personnes souffrant d’asthme sévère étaient les plus susceptibles de se retrouver à l’hôpital, avec 548 cas pour 100 000, contre 94 pour 100 000 chez les autres asthmatiques.

Cette étude explique en partie pourquoi l’asthme en général n’est pas ressorti comme un facteur de risque de la forme sévère de COVID-19 dans certaines études, car c’est un facteur de risque qui n’est que réellement significatif. pour une partie des asthmatiques, [ceux dont la maladie n’est pas contrôlée] et pas forcément pour tous les asthmatiques», explique au journal québécois Le Devoir la Dre Jesse Papenburg, microbiologiste-infectiologue pédiatre à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Selon elle, il faut donc rester prudent face au nombre a priori similaire d’asthmatiques et de non-asthmatiques Covid hospitalisés. , le confinement a peut-être incité à se protéger aussi des allergènes, ce qui peut fausser les chiffres.La suite de la pandémie montrera si par la suite, en l’absence de quarantaine, la représentativité des personnes allergiques évolue chez les malades du Covid-19.

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