Abitibi-Témiscamingue |  L'électricité en trois ans à Kitcisakik

Abitibi-Témiscamingue | L’électricité en trois ans à Kitcisakik

(Kitcisakik, Abitibi-Témiscamingue) D’ici trois ans, les résidents de la communauté autochtone de Kitcisakik, à environ 100 kilomètres au sud de Val-d’Or, ne devraient plus avoir à brûler des milliers de dollars d’essence par année dans leurs génératrices : ils pourront enfin être raccordé au réseau électrique d’Hydro-Québec, a promis lundi la société d’État.

Mis à jour hier à 0:12

Ariane Kroll

Ariane Kroll
La presse

François Roy

François Roy
La presse

«Ce n’est pas un projet d’électricité, c’est un projet humaniste», a déclaré la PDG d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, en entrevue avec La presse en marge de sa visite à Kitcisakik lundi.

C’était la première fois qu’elle se rendait dans ce village anishnabeg établi dans la réserve faunique La Vérendrye, en Abitibi-Témiscamingue.

“La communauté est riche de ses enfants, et cela donne encore plus de sens à l’électrification parce qu’ils commencent dans leur vie”, a soutenu Mme.moi Brochu, visiblement ravie de la présence des enfants rieurs qui jouent autour d’elle.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Sophie Brochu, PDG d’Hydro-Québec, entourée d’enfants de la communauté autochtone de Kitcisakik

Hydro-Québec s’est engagée à raccorder le village à son réseau d’ici 2025.

Une annonce tant attendue qui « marquera l’histoire de la communauté de Kitcisakik pour plusieurs générations », a déclaré le chef du Conseil Anicinapek, Régis Penosway, lors d’une conférence de presse un peu plus tôt à Val-d’Or.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Régis Penosway, Chef du Conseil d’Anicinapek

Plus de 20 millions de dollars

« Ça va changer notre mode de vie », nous expliquait la veille Jimmy Papatie en montrant les lourds bidons d’essence qu’il doit verser dans ses deux groupes électrogènes. Ceux-ci donnent assez de puissance pour les lumières, le réfrigérateur, la connexion Internet et la télévision, mais pas pour le chauffage. Pour cela, il doit fendre le bois qui alimente son poêle à combustion lente.

“J’ai 58 ans, je suis diabétique, je n’ai plus la force que j’avais”, a résumé M. Papatie. Le chauffage électrique, dit-il, sera aussi “un plus pour les mères célibataires et les seniors”. D’autant plus que les groupes électrogènes sont bruyants, nauséabonds et gourmands.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Augustin Penosway

« Ça me coûte quand même 400 à 500 $ par mois », nous raconte Augustin Penosway, passé au volant de sa camionnette à son arrivée au village par la route qui surplombe le réservoir Dozois.

La proximité de ce réservoir et de son barrage de rétention, deux installations d’Hydro-Québec, rappelle quotidiennement la présence de la société d’État, et son absence de service, sur le territoire de la communauté.

« Il est temps que nous ayons de l’électricité ici ! », a lancé Marie-Hélène Papatie, rencontrée au centre du village. « Ce serait bien, surtout en hiver. Dans ma grande maison, il fait très froid ! »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Marie-Hélène Papatie

Hydro-Québec assumera tous les coûts de raccordement de la communauté à son réseau, à l’aide d’une ligne de transport d’environ 70 kilomètres. “C’est un projet qui va coûter de l’argent, [moins] 20 millions », estime Mmoi Brochure.

Le Secrétariat aux Affaires autochtones financera pour sa part les travaux nécessaires à l’adaptation au réseau public de la centaine de résidences du village. Le coût, qui dépendra des besoins, reste à déterminer, précise-t-on au Québec.

Ottawa, pour sa part, paiera la facture du raccordement des bâtiments communautaires, actuellement alimentés par des génératrices diesel.

Manque de toits et d’eau

« C’est bien de faire venir Hydro-Québec, mais qu’est-ce qu’on fait pour que les jeunes aient chacun leur maison ? », a souligné Adrienne Anichinapéo, rencontrée lors de son passage à Val-d’Or dimanche.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Adrienne Anichinapeo

Comme Kitcisakik n’est pas une réserve, les maisons appartiennent aux familles, et plusieurs sont en piteux état. Les deux fils adultes de Mmoi Les Anichinapéo sont souvent sous son toit, plus confortable que le leur. “Avec ce que coûtent les matériaux aujourd’hui, ils ne peuvent pas se permettre [de se construire] “, elle dit.

Ils ne sont pas les seuls. Le revenu médian des adultes de Kitcisakik était de 20 000 $ en 2018, selon le plus récent indice de vitalité économique de l’Institut de la statistique du Québec.

«Chaque fois que les enjeux du logement revenaient à la surface dans nos priorités, Kitcisakik était devenu une référence incontournable», a témoigné le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, en conférence de presse lundi. .

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador

Alors que les chefs Picard et Penosway saluaient chaleureusement les efforts d’Hydro-Québec, de son PDG et de la ville de Québec, personne n’oublie qu’un autre service tout aussi essentiel, l’eau courante, n’est toujours pas fourni à Kitcisakik.

« Ce qu’on nous dit, avec nos partenaires fédéraux, c’est que le site de cette communauté ne permet pas de creuser et d’y mettre les infrastructures », a rappelé le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière.

Un bloc sanitaire au cœur du village propose des toilettes, des douches et une buanderie, ainsi que des robinets d’eau potable où les habitants remplissent les chaudières qu’ils ramènent chez eux.

« Ils ont toujours le sourire, mais ce n’est pas une vie facile », note l’infirmière responsable du Centre de santé de Kitcisakik, Martine Carrier, qui travaille dans la communauté depuis 18 ans.

Les maisons sans électricité et souvent sans réfrigérateur privent leurs occupants de certains antibiotiques qu’il faut conserver au frais. Elle-même a failli perdre un stock de vaccins lorsque les générateurs qui alimentent le centre sont tombés en panne pendant plusieurs heures. Se chauffer uniquement au bois est aussi “très problématique” pour les nombreux enfants qui souffrent d’asthme.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Martine Carrier, infirmière responsable du Centre de santé de Kitcisakik

Si le problème de l’électricité sera bientôt résolu, celui de l’eau courante reste entier.

« Si l’enfant a une gastro et que tu dois aller le laver, s’il fait -40, tu restes à la maison. Les femmes monoparentales qui viennent d’accoucher, elles doivent s’organiser pour avoir de l’eau », illustre Mmoi Transporteur.

Québec dit attendre de voir ce qu’il adviendra de la relocalisation du village, longuement débattue, mais toujours pas décidée.

“L’affaire est en cours”, a assuré le chef Penosway,

L’incertitude quant à l’emplacement final du village a longtemps été citée comme une raison pour retarder l’électrification de Kitcisakik. Le Québec et sa société d’État ont finalement décidé d’aller de l’avant sans plus tarder. Si les gens de la communauté “décident d’aller ailleurs, au moins ils penseront avec la lumière, la chaleur et l’électricité”, a glissé M.moi Brochu lors de sa visite.


#AbitibiTémiscamingue #Lélectricité #trois #ans #Kitcisakik

Leave a Comment

Your email address will not be published.