Un « espace Uber » fabriqué ici

Un « espace Uber » fabriqué ici

Une entreprise de Saint-Jean-sur-Richelieu s’apprête à lancer la première fusée canadienne en orbite. Ce serait également la toute première fusée à être lancée dans l’espace depuis le Canada grâce à un partenariat avec une entreprise des Maritimes.

Posté hier à 6h30

Richard Dufour

Richard Dufour
La presse

Reaction Dynamics, que ses ambitions positionnent à terme en concurrence avec des entreprises comme SpaceX (du milliardaire Elon Musk) et Rocket Lab (dont la valeur avoisine les 3,5 milliards au NASDAQ), doit dévoiler mercredi un accord avec Maritime Launch Services, un site de lancement à Nova Écosse.

Cet accord permet à Reaction Dynamics de devenir un fournisseur de fusées pour les clients souhaitant envoyer des petits satellites (poids moyen de 170 kg) dans l’espace à « bas coût ».

Un premier vol d’essai est prévu en fin d’année et un vol de démonstration suborbital de la fusée Aurora suivra au milieu de l’année prochaine pour valider la technologie de l’entreprise québécoise. Ce vol de démonstration en 2023 s’annonce comme le tout premier lancement depuis le site Maritime Launch en Nouvelle-Écosse.

Fondé il y a cinq ans, Reaction Dynamics est un fabricant de fusées proposant des services de lancement de satellites. “Notre objectif est d’être un FedEx ou un Uber pour nos clients”, déclare Bachar Elzein, fondateur, PDG et CTO de Reaction Dynamics.

«Nous voulons que les satellites puissent aller sur des orbites et des altitudes très précises», ajoute le Montréalais, qui aura 33 ans la semaine prochaine.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Bachar Elzein, fondateur, PDG et directeur technique de Reaction Dynamics

Nous utilisons un système de propulsion écologiquement supérieur à celui de nos concurrents, mais surtout plus abordable, et cela est dû à la simplicité du système de propulsion que nous avons développé.

Bachar Elzein, fondateur, PDG et directeur technique de Reaction Dynamics

« Nous voulons prouver que cela fonctionne en vol et pas seulement au sol. »

Des fusées plus vertes

Si Reaction Dynamics réussit, la société pourrait perturber le marché du lancement en orbite.

Bashar Elzein vise un premier vol orbital “environ deux ans” après avoir effectué le vol de démonstration. « Alors, on vise 2024 », lance cet ancien étudiant de Polytechnique Montréal.

Reaction Dynamics affirme que ses fusées émettront, selon les tests actuels, 50% de tonnes de CO en moins2 équivalent à la concurrence. Si l’impact des lancements reste marginal aujourd’hui, il pourrait rapidement devenir critique de préserver l’environnement tout en assurant des lancements fréquents, compte tenu de la croissance attendue de l’industrie. Avec sa technologie, l’entreprise se positionne comme l’un des pionniers de l’accès durable à l’espace.

Inscrite en bourse depuis la semaine dernière, Maritime Launch installera la rampe de lancement près de son siège social à Canso, en Nouvelle-Écosse, une petite ville située au sud de l’île du Cap-Breton directement sur l’océan Atlantique.

L’industrie est en croissance, souligne le grand patron de Lancement Maritime, Steve Matier. « De nombreux développeurs de satellites canadiens aimeraient profiter des capacités de lancement du pays, y compris le gouvernement. Cela fait partie du travail avec Reaction Dynamics », a-t-il déclaré dans une interview.

L’industrie dans son ensemble est déjà évaluée à 400 milliards de dollars. Le Canada a la possibilité de prendre une part de ce marché.

Steve Matier, PDG de Lancement Maritime

Bachar Elzein dit avoir en poche des lettres d’intérêt d’une valeur de près d’un demi-milliard de dollars d’une douzaine de clients au Canada, aux États-Unis et en Europe intéressés à effectuer des lancements avec une fusée Reaction Dynamics.

“Beaucoup de ces clients font de l’imagerie et de la télédétection, et mettre des satellites en orbite leur permettra de générer des données”, dit-il.

Bachar Elzein dit également avoir des discussions avec des opérateurs de télécommunications.

Il estime le marché potentiel de Reaction Dynamics à quelque 10 000 satellites au cours des 7 prochaines années. “Et ce chiffre augmente chaque semaine”, explique l’entrepreneur d’origine libanaise.

Bachar Elzein est reconnaissant d’avoir pu compter jusqu’à présent sur le soutien d’investisseurs privés, d’Investissement Québec et de l’Agence spatiale canadienne.

Il ne veut pas révéler le montant des financements que l’entreprise a pu recevoir depuis sa création, mais à titre d’exemple, dit-il, “une entreprise qui arrive au point où elle est capable de développer et de qualifier des moteurs de fusée orbitaux, cela prend généralement entre 50 et 100 millions. On a réussi à faire ça pour 10 fois moins. »

Sur le point de boucler une ronde de financement, Reaction Dynamics compte aujourd’hui un effectif d’une trentaine d’employés. Le PDG espère que l’entreprise comptera une centaine de salariés d’ici deux ans et un effectif de 2000 salariés d’ici 5 à 6 ans.

« Le marché est là. De nombreux clients avec qui nous parlons souhaitent lancer un satellite assez rapidement. Il y a une énorme demande pour ce que nous faisons. Pour que nous puissions conserver cette opportunité et capter ce marché le plus rapidement possible, nous devons progresser rapidement. »


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