Les femmes secrètes de Poutine

Les femmes secrètes de Poutine

Vladimir Poutine a deux filles adultes dont il ne prononce jamais le nom et une relation toujours niée avec un ancien gymnaste qui lui aurait donné entre deux et quatre enfants. Le secret entourant la vie privée du président est-il le reflet de sa volonté de tout contrôler ou simplement une tendance culturelle russe ?

UNE FAMILLE FANTÔME

Filles anonymes

Michelle Obama, Brigitte Macron, Sophie Trudeau. Les politiciens occidentaux ont l’habitude de faire passer leurs femmes en premier. Mais pas Vladimir Poutine, qui a toujours gardé les membres de sa famille sous une lourde couverture d’opacité.

Il a été marié pendant trente ans à une ancienne hôtesse de l’air, Lioudmila Chkrebneva, dont il a divorcé en 2013.

Vladimir Poutine

Photo d’archives, Reuters

Avec elle, il a eu deux filles: Maria Vorontsova, 36 ans, et Katerina Tikhonova, 35 ans. Toutes deux sont universitaires et femmes d’affaires.

“Il ne dit jamais le nom de ses filles […] Et quand les journalistes l’interrogent sur les liens potentiels de leurs maris avec les affaires de l’État, par exemple, il esquive les questions », remarque Maria Popova, professeure de sciences politiques à l’Université McGill.

Lorsqu’elle était première dame, Chkrebneva n’était pas très visible. “Au début, les gens pensaient que c’était son choix. Ce n’est que plus tard qu’il est devenu clair que Poutine essayait de contrôler l’information », a déclaré Mme.moi Popova.

Moins rose que dans le film

Le jour de la Saint-Valentin 2008, un film de fiction est sorti en Russie. Un baiser : pas pour la presse, de son titre anglais, raconte l’histoire d’un agent secret devenu président russe, marié à une hôtesse de l’air et père de deux filles.

Vladimir Poutine

Capture d’écran du site Web Movie Database

Les producteurs nieront tout lien avec le vrai président russe, malgré les coïncidences évidentes.

A noter que ce film est sorti après le prétendu début de sa relation avec sa maîtresse actuelle, Alina Kabaeva, vers 2006.

Dans la vraie vie, la relation entre Vladimir Poutine et son ex-femme n’aurait peut-être pas été aussi rose que celle dépeinte dans le film, si l’on en croit la presse allemande. Dans les années 1980, Lioudmila Chkrebneva se serait confiée à un espion, accusant Poutine d’être violent et infidèle.

Moine ou macho ?

Les médias russes décrivent la vie de Poutine comme presque monastique et entièrement consacrée au service de la nation. Les médias étrangers lui ont pourtant prêté plusieurs maîtresses au fil du temps. Il aurait eu une fille avec une de ses femmes de ménage, Svetlana Krivonogikh, en 2003. Elle est aujourd’hui actionnaire d’une banque, et sa fille de 19 ans ressemble étrangement au président russe.

D’ailleurs, on ne compte plus les blagues grivoises, voire misogynes, éructées par Vladimir Poutine.

« Saluez votre président […] Il nous a vraiment surpris […] Nous ne savions pas qu’il savait comment se comporter avec dix femmes », a plaisanté Poutine en 2006, à propos du président israélien Moshe Katzav, alors accusé de viol et de harcèlement sexuel.

ANALYSE D’EXPERTS

Ne lâchez jamais votre garde

Pour Maria Popova, le secret qui entoure les proches de Poutine est avant tout le reflet de sa personnalité et du régime autoritaire qu’il dirige.

D’ailleurs, certains de ses prédécesseurs n’ont pas hésité à mettre leur famille au premier plan. Elle donne l’exemple de Tatiana Diatchenko, fille de Boris Eltsine, qui fut conseiller du président à la fin des années 1990.

Le côté secret de Poutine est cohérent avec son passé d’agent du KGB, note Mmoi Popova. «Par exemple, il est rapporté qu’il ne boit pas du tout d’alcool. Il y a cette idée qu’il ne faut jamais baisser la garde.

tradition russe

À l’inverse, Guillaume Sauvé, chercheur à l’Université de Montréal, estime que cela fait partie de la tradition en Russie.

« Les dirigeants russes doivent démontrer leur force de caractère en public et ne doivent pas paraître influencés par leurs familles », explique-t-il.

La plupart des dirigeants des cent dernières années, comme Lénine, Staline et Khrouchtchev, ont gardé leur famille dans l’ombre, rappelle M. Sauvé.

Mikhaïl Gorbatchev est la grande exception, lui dont la femme était bien visible. “Ça allait très mal [dans l’opinion publique]. Les gens se disaient : “C’est sa femme qui décide pour lui ? Qu’est-ce qu’elle fait, elle, en train de faire ses grands airs sur le devant de la scène ?”, paraphrase-t-il.

Pas si conservateur

A tout cela s’ajoute un “fond de machisme” dans un pays où l’on s’attend à ce que ce soient les hommes qui mènent, rappelle M. Sauvé.

Il ne faut cependant pas y voir une forme de puritanisme, la Russie étant moins conservatrice qu’on ne le pense sur les questions de morale, s’accordent à dire les deux experts. En effet, les taux de divorce et d’avortement y sont relativement élevés.

SA MAÎTRESSE PRÉSUMÉE

Vladimir Poutine

La “femme la plus flexible”

Selon toute vraisemblance, Alina Kabaeva, 38 ans, est l’actuelle partenaire de Vladimir Poutine, 69 ans. Elle était déjà connue du grand public comme l’une des gymnastes les plus décorées de l’histoire bien avant d’être considérée comme la maîtresse du judoka de son président.

Ses nombreuses médailles, dont l’or aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, lui ont valu le titre de « la femme la plus flexible de Russie ».

Après une histoire de dopage et la fin de sa carrière sportive, elle se lance en politique. En 2007, elle est élue députée à la Douma au sein du parti de Vladimir Poutine. Leur idylle aurait commencé un an plus tôt.

Elle aurait eu plusieurs enfants du président russe, mais les sources sont en désaccord sur le nombre, qui varie entre deux et cinq.

La relation entre Kabaeva et Poutine, “c’est un peu un secret de polichinelle”, résume Guillaume Sauvé, spécialiste de la Russie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal.

Officiellement, le sujet reste tabou. En 2008, le tabloïd Moskovsky Korrépondant a osé publier un article sur le sujet. Il a fermé peu de temps après.

Haut placé

Les opposants au régime de Poutine n’hésitent pas à parler de l’ex-gymnaste. Mais c’est surtout pour dénoncer les privilèges dont il semble bénéficier, explique Guillaume Sauvé.

“L’argument est rarement: ‘Regardez, il a une maîtresse.’ C’est pris pour acquis […] L’enjeu est plutôt : “Regardez, sous le nom de sa maîtresse, il a telle ou telle propriété en Italie”, illustre M. Sauvé.

Depuis 2014, Alina Kabaeva est à la tête du National Media Group, un grand groupe de médias pro-Kremlin. Elle recevrait un salaire faramineux de 10 millions de dollars.

Ses apparitions publiques sont rares, son lieu de résidence incertain.

“Elle a trop d’appartements et on ne sait pas lequel elle utilise vraiment”, rapporte un ami de l’opposant Navalny dans Paris-Match cette semaine.

Elle est soupçonnée d’avoir terré en Suisse dès le début de l’invasion de l’Ukraine. Une pétition recueillant quelque 75 000 signatures a commencé à circuler pour le chasser du pays réputé pour sa neutralité.

“Il est temps de réunir Alina Eva Braun Kabaeva avec son Führer”, conclut le texte de la pétition, référence glaçante à la compagne d’Adolf Hitler.

En avril dernier, elle est réapparue lors d’un festival de gymnastique qui porte son nom : Alina. Des gymnastes en tenue militaire ont exécuté une chorégraphie patriotique. Elle s’exprimait devant un fond couvert de Z, un symbole peint sur les chars russes envoyés pour envahir l’Ukraine.

La punir ou pas ?

Vladimir Poutine

En avril dernier, le Canada a ajouté les deux filles de Poutine à la liste noire des Russes visés par des sanctions économiques. Il serait donc facile d’ajouter Alina Kabaeva, compte tenu de ses liens avec l’État russe, même si sa relation avec le président n’a jamais été officialisée, estiment les experts consultés.

Les Américains y ont sérieusement réfléchi, avant de se raviser au dernier moment par crainte d’une “réaction agressive” de Poutine, selon le Le journal Wall Street. Cependant, le nom de Kabaeva aurait été ajouté à nouveau, a rapporté vendredi CNN.

En tout cas, ces sanctions sont avant tout « symboliques », analyse Guillaume Sauvé. “Je pense que l’Occident cherche avant tout à envoyer des messages.”

– Avec l’AFP, Paris-Match, Le journal Wall Street, CN, Indiquer, Reuters, New York Times, Le Figaro, BBC, Courrier quotidien, Newsweek, 20 Minutes, Forbes.


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