Face à Omicron et aux nouvelles variantes, quels nouveaux enjeux pour la vaccination ?

Face à Omicron et aux nouvelles variantes, quels nouveaux enjeux pour la vaccination ?

Au moins quinze millions de morts. Une semaine avant la réunion du deuxième Sommet international sur pandémie de SRAS-CoV-2, l’OMS publie un bilan plus lourd que les précédents. Les 6 millions de morts évoqués jusqu’ici seraient largement sous-estimés. Dans son nouveau rapport, l’agence onusienne a notamment inclus les conséquences de la pandémie sur la désorganisation des systèmes de santé. Un carnage qui ressemble à un rappel. Covid19 ” est encore capable de provoquer de grandes épidémies comme nous l’avons vu, et même au sein de populations qui ont été précédemment exposées », prévenait récemment Michael Ryan, responsable des urgences à l’OMS. L’un des principaux objectifs de cette conférence co-présidée notamment par les Etats-Unis, l’Allemagne et le Sénégal est d’accélérer la vaccination dans les pays en développement.

Un sommet mondial Covid pour se préparer aux prochaines crises sanitaires

En Afrique, seuls 16 % des habitants sont totalement vaccinés, contre plus de 80 % en France. Mais paradoxe : après des mois de disette, certains pays croulent désormais sous les vaccins. Ils ne peuvent pas les administrer faute de moyens logistiques et de populations peu mobilisées. Pire, après le Nigeria, le Soudan du Sud ou les Comores, le Kenya a détruit 840 000 doses du vaccin AtraZeneca, reçues fin mars via le dispositif Covax…

L’exemple de l’usine d’Aspen en Afrique du Sud illustre cette déroute. En mars dernier, Aspen a conclu un accord avec Janssen pour produire « par l’Afrique et pour l’Afrique » le vaccin Johnson & Johnson (avec un objectif de 35 millions de doses par mois). La chaîne de production pourrait désormais être arrêtée faute de commandes, même si deux nouvelles sous-variantes (BA.4 et BA.5) provoquent un pic de contamination dans le pays, déjà berceau d’Omicron et Beta. Cependant, avec au moins 65% de la population du continent déjà infectée, une seule dose suffirait à renforcer l’immunité.

L’épidémiologiste Renaud Piarroux est chef du service de parasitologie-mycologie à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière : « Je ne sais pas exactement quel est le but de ce sommet. Mais pour la vaccination des populations des pays pauvres, elle arrive un peu tard. Chercher à obtenir une immunité vaccinale n’est plus vraiment d’actualité. Les pays du Sud n’ont pas été en mesure de réduire la transmission du virus et des personnes vulnérables qui n’ont pas pu y résister sont déjà décédées du Covid-19. Les autres personnes non vaccinées dans ces pays se sont immunisées au cours des vagues successives de contamination. Mais en France, il peut être utile de continuer à protéger les plus fragiles dont l’immunité diminuerait avec le temps. “.

Une dose supplémentaire pour qui ?

En France, le second rappel est réservé aux personnes âgées de 60 ans et plus ainsi qu’aux personnes immunodéprimées. Selon une étude du ministère de la Santé (Drees), un rappel au moins six mois après la deuxième dose de la primo-vaccination améliore la protection d’environ 95 % pour cette tranche d’âge (contre 80 % sans rappel). Samira Fafi-Kremer est responsable du laboratoire de virologie du CHU de Strasbourg : « La diminution du taux d’anticorps dans le temps après la vaccination est très différente selon les individus, et varie notamment selon l’âge. De plus, certaines personnes répondent plus ou moins bien au vaccin, probablement en raison de leur patrimoine génétique ou du moins en partie. Ces variations semblent plus marquées après la première et la deuxième dose, après la troisième on constate une forme d’homogénéisation grâce à une forte stimulation des anticorps qui permet d’atteindre un taux élevé chez la majorité des personnes vaccinées.“.

Pour certains vaccins, la diminution de la protection dans le temps est classique. Pour celui contre la grippe par exemple, l’immunité ne dure que trois mois et un rappel est encore nécessaire chaque année à cause des mutations. Mais la plupart des vaccins immunisent les patients pendant plusieurs années, comme celui contre la variole, qui ne nécessite aucun rappel contre une maladie déclarée éradiquée et ne circulant plus dans le monde. Pour le coronavirus SARS-CoV-2, épidémiologistes et immunologistes n’écartent pas la nécessité d’un rappel à l’automne prochain, du moins pour les plus fragiles. Mais tout dépendra des prochaines variantes.

Nous avons de nombreuses études sur l’immunité du vaccin Pfizer/BioNTech, mais nous ne savons pas encore combien de temps durera l’immunité induite par les autres plateformes vaccinales, et notamment avec celle à base de protéines purifiées et adjuvées comme pour les vaccins. de Novavax, Sanofi-Pasteur/GSK ou du laboratoire espagnol Hipra, qui devrait être disponible pour les rappels à l’automne, explique Marie-Paule Kieny, présidente du comité scientifique du vaccin Covid-19. Il faut du recul pour analyser s’il est possible de prolonger la durée de l’immunité vaccinale par des rappels hétérologues, c’est-à-dire en utilisant pour les rappels un vaccin basé sur une plateforme différente de celle utilisée pour la primovaccination. Pourra-t-on jouer avec les paramètres de la stratégie vaccinale pour augmenter cette durée de protection ou aurons-nous besoin pour cela de nouvelles formulations ? Il sera également important de déterminer si certains vaccins qui n’ont pas encore été testés chez l’homme, comme le vaccin par pulvérisation nasale développé à Tours, peuvent réduire la transmission du virus SARS-CoV-2. “.

Nouveaux vaccins et nouveaux traitements ?

Parmi les vaccins attendus, deux candidats tricolores proposent en effet des alternatives à l’ARN messager. Le Vidprevtyn de Sanofi est complet et le laboratoire a soumis le dossier à l’Agence européenne des médicaments (EMA) en mars pour une autorisation de mise sur le marché. La même procédure est en cours aux Etats-Unis auprès de la FDA. Sanofi attend les deux feux verts pour lancer la commercialisation. La production a démarré et le vaccin sera positionné comme un booster booster. Ses atouts : il se conserve bien au frigo et selon le laboratoire, il protégerait à 100% contre les formes sévères du Covid-19 et à 57,9% contre les formes symptomatiques. Déjà, plusieurs contrats ont été signés par les big pharma : 100 millions de doses pour les Etats-Unis et 75 millions pour l’Union européenne et le Royaume-Uni.

L’autre laboratoire franco-autrichien, Valneva, attend également le feu vert de l’EMA. Fin avril, l’agence européenne a demandé de nouvelles données et des justifications supplémentaires à Valneva pour se prononcer sur l’homologation de son vaccin inactivé, déjà autorisé en Grande-Bretagne. La biotech a signé un accord avec la Commission européenne pour lui fournir un maximum de 60 millions de doses.

De leur côté, les champions de l’ARNm concentrent leurs efforts sur les variants. ” Au deuxième trimestre, nous espérons avoir quatre programmes engagés dans des essais de phase 3, dont le rappel anti-Covid contre la variante Omicron », déclare Stéphane Bancel, PDG de Moderna. Pour le premier trimestre, le laboratoire a annoncé 6,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires, contre 1,9 milliard au premier trimestre 2021, principalement de son vaccin Spikevax.

Pfizer pourrait, quant à lui, présenter d’ici l’automne un vaccin efficace contre plusieurs variants. Sur 25,7 milliards de ventes au premier trimestre 2022, en hausse de 77% sur un an, plus de la moitié provient de Cominarty, son vaccin développé avec BioNTech. « Nous sommes sur la bonne voie pour honorer notre engagement à livrer au moins 2 milliards de doses aux pays à revenu faible ou intermédiaire en 2021 et 2022, dont au moins 1 milliard cette année », promet Albert Bourla, son PDG. Le laboratoire prévoit également de tirer 22 milliards de dollars des ventes de son antiviral Paxlovid.

Pour l’OMS, la pilule anti-Covid s’impose comme le “meilleur choix thérapeutique” pour les patients à haut risque, devant les autres traitements. Craignant que les pays pauvres ne soient à nouveau laissés pour compte, elle exhorte Pfizer à “être plus transparent dans ses prix et ses transactions” ainsi qu’à “élargir le champ géographique” de sa licence pour permettre une plus grande production de génériques.