"Je veux parler à un homme blanc"

Assurance-emploi | Mieux vaut être riche pour tomber dans le chômage

Avec un taux de chômage à un creux historique, Ottawa n’est certainement pas submergé de demandes d’assurance-emploi. Cependant, les délais d’obtention d’un premier versement peuvent atteindre quatre voire cinq mois.

Posté à 6h30

Rappelez-vous à quel point il y a deux ans, il était rapide de réclamer le CERB – même frauduleusement. Le système, bien que très nouveau et créé en un temps record, était efficace. Quelques clics de souris et le chèque était dans le courrier.

Obtenir de l’assurance-emploi, c’est une autre histoire.

La période d’attente, dans de nombreux cas, se compte maintenant en mois. C’est anormalement long.

La Coalition des associations de consommateurs du Québec (CACQ), les élus du Bloc québécois, du NPD et du Conseil national des chômeurs (CNC) déplorent tous cette situation aux conséquences financières parfois catastrophiques. Certains empruntent à des taux élevés, d’autres utilisent leur marge de crédit au maximum. Les ratios d’endettement bondissent, donc les cotes de crédit s’effondrent.

Le plus étonnant, ce sont les suggestions désespérées des employés de Service Canada aux chômeurs qui insistent pour que leur dossier soit complété plus rapidement.

Certains demandeurs ont été “fortement invités” à vendre leur propriété, comme des meubles ou leur voiture, afin que leur dossier soit considéré comme urgent, dénonce la CACQ, qui s’interroge sur la déontologie de ce “conseil”.

Quand j’ai entendu ça, mes oreilles se sont bousculées. J’ai trouvé cela assez épouvantable. Même un syndic de faillite ne fait pas cela. Il ne demande pas aux gens s’ils ont vendu leur réfrigérateur.

Élaine Guilbault, directrice de l’ACEF de la Péninsule, en Gaspésie, et vice-présidente du CACQ

Les agents de Service Canada donnent la priorité aux personnes qui éprouvent de graves difficultés financières à l’aide d’une grille leur permettant de prioriser les demandes. Exactement comme cela se fait aux urgences d’un hôpital, explique le porte-parole du CNC, Pierre Céré.

“La personne à l’autre bout de la ligne doit comprendre que la situation est vraiment critique et là, vous avez la priorité. Nous devons démontrer que nous sommes presque au niveau de l’indigence. C’est comme ça qu’ils fonctionnent en ce moment et c’est du jamais vu. Ça me dépasse », déplore celui qui travaille dans l’industrie depuis 1979.

À Ottawa, nous veillons à ce que toutes les demandes soient traitées « selon la date de réception, peu importe leur complexité ou leur emplacement ».

Ce n’est pas tout. « Service Canada dit aux gens d’appeler le bureau de leur député pour faire bouger les choses. Alors ils appellent nos bureaux et ça déborde », raconte Jean-Denis Garon, député du Bloc québécois à Mirabel.

Comme les associations de protection des consommateurs, les bureaux des députés ont accès à une ligne prioritaire avec l’assurance-emploi. Bref, comme les salles d’urgence sont surchargées, l’infirmière au triage suggère aux patients d’entrer par la petite porte pour consulter d’autres infirmières qui font le triage. Trouve l’erreur.

Jusqu’à présent, pas moins de 4 000 personnes ont demandé l’aide de leur député du Bloc québécois pour débloquer leur dossier. Imaginez l’ampleur du phénomène d’un bout à l’autre du pays.

“Quand une personne perd son emploi et se retrouve entre deux chaises, même si le taux de chômage est faible, elle a besoin de son allocation de la manière la plus sacrée”, explique Jean-Denis Garon.

Selon les informations obtenues par le NPD, la fraude survenue il y a trois ans chez Desjardins « explique environ 10 000 cas de retards de traitement »… à elle seule.

En effet, la CACQ, le CNC et les députés notent que de nombreux dossiers doivent être transférés au service de la conformité (aussi appelé intégrité) afin de s’assurer de la légitimité de la demande. Cette étape rallonge beaucoup le processus. Le député Garon exige également que les paiements soient effectués en attendant les vérifications d’usage.

  • Le député Jean-Denis Garon fait pression sur Ottawa pour accélérer le traitement des demandes d'assurance-emploi.

    CAPTURE D’ÉCRAN DE FACEBOOK

    Le député Jean-Denis Garon fait pression sur Ottawa pour accélérer le traitement des demandes d’assurance-emploi.

  • La députée Kristina Michaud demande à Ottawa d'améliorer le traitement des demandes d'assurance-emploi.

    CAPTURE D’ÉCRAN DE FACEBOOK

    La députée Kristina Michaud demande à Ottawa d’améliorer le traitement des demandes d’assurance-emploi.

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Fin avril, Jean-Denis Garon dénonçait la façon de travailler de Service Canada sur Facebook. Certains de ses collègues avaient fait de même au début de l’hiver. Le CNC a publié un communiqué sur le sujet en janvier. Mais rien ne semble bouger. Au contraire, les délais s’allongent, selon le CNC.

Le Bloc Québécois et le NPD demandent à Ottawa d’augmenter les effectifs dédiés à l’assurance-emploi afin de résorber l’arriéré de demandes et de revenir au délai normal de 28 jours. C’est d’autant plus urgent dans un environnement inflationniste.

« Ces retards inacceptables de l’assurance-emploi sont encore plus frustrants pour les gens et aggravent la crise de l’abordabilité. Hélas, les libéraux font semblant de s’inquiéter du stress financier des gens », déplore le député néo-démocrate et porte-parole en matière d’assurance-emploi Daniel Blaikie (Elmwood–Transcona).

Le cabinet de la ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, ne m’a pas dit si des mesures avaient été prises pour améliorer la situation. Au lieu de cela, on m’a dit qu’au cours de la dernière année, Service Canada a traité 85,4 % des demandes en 28 jours. Et que les autres le soient, « en majorité », dans les deux semaines qui suivent.

« Si on ne le sait pas vraiment, ça a l’air de bien se passer », commente Pierre Céré. Mais en réalité, observe-t-il, « c’est l’enfer pour beaucoup de gens ».


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