Lutte contre l'inflation |  La Fed s'apprête à frapper fort

Lutte contre l’inflation | La Fed s’apprête à frapper fort

(Washington) Le Comité de politique monétaire de la Banque centrale américaine a entamé mardi sa réunion de deux jours à l’issue de laquelle elle annoncera, sauf surprise, une hausse des taux directeurs d’un demi-point de pourcentage, la première de cette ampleur depuis mai 2000, dans un tenter de contrôler l’inflation record.

Mis à jour hier à 10h33

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

La réunion “a commencé à 10 heures comme prévu”, a indiqué à l’AFP une porte-parole de la Réserve fédérale (Fed).

L’inflation s’accélère mois après mois depuis un an et a atteint en mars un pic depuis décembre 1981 : + 8,5 % sur un an, selon l’indice IPC, aggravé par la guerre en Ukraine.

En mars, la Fed avait commencé à remonter ses taux pour la première fois depuis 2018. Mais elle avait ensuite amorcé le mouvement avec prudence, en procédant à une hausse de 0,25 point de pourcentage pour les ramener dans une fourchette comprise entre 0, 25 et 0,50 %.

Elle avait également signalé sa volonté de procéder à six autres augmentations cette année, soit autant de réunions d’ici fin 2022.

Alors que la pression sur les prix ne faiblit pas, le président de la Fed, Jerome Powell, a depuis reconnu qu’il était “absolument essentiel” de rétablir la stabilité des prix et de relever les taux “rapidement”.

La Banque centrale américaine a deux missions principales : assurer la stabilité des prix et le plein emploi.

Sur le front de l’emploi, le taux de chômage est tombé à 3,6% en mars, proche de son niveau d’avant la pandémie (3,5%). Les données du mois d’avril seront publiées vendredi.

Les entreprises sont confrontées à des pénuries de main-d’œuvre et à des démissions massives depuis des mois. En mars, 4,5 millions de personnes supplémentaires ont quitté leur emploi, tandis que le nombre d’offres d’emploi a grimpé à 11,5 millions, un record, selon le bureau des statistiques.

En conséquence, les entreprises augmentent les salaires pour attirer des candidats et retenir les employés, ce qui a pour effet d’alimenter l’inflation.

La perspective d’une hausse des taux par la Fed a fait sensation sur les marchés lundi. Les rendements obligataires américains à 10 ans ont brièvement touché le seuil de 3 % à la mi-journée pour la première fois depuis fin 2018.

Risque de récession

Outre les taux d’intérêt, la Banque centrale devrait marquer le début de la réduction de son bilan, autre étape majeure de la normalisation.

Les investisseurs attendent particulièrement la conférence de presse de Jerome Powell mercredi, à l’affût de commentaires sur la façon dont les taux d’intérêt pourraient augmenter au-delà de cette réunion.

Jusqu’à présent, la Fed a clairement télégraphié ses plans, annonçant d’emblée sa volonté de resserrer de manière agressive à partir de la réunion de mai, ce qui a contribué à limiter la volatilité du marché.

Une majorité d’économistes prévoient maintenant une autre hausse encore plus agressive de trois quarts de point de pourcentage lors de la réunion de juin, ce qui serait une première depuis 1994.

La Fed devrait également commencer à réduire son portefeuille d’actifs de 9 billions de dollars à partir de juin, à un rythme beaucoup plus rapide que lors d’une précédente réduction de ses avoirs il y a cinq ans.

Le défi consiste à modérer l’inflation sans faire basculer la plus grande économie du monde dans la récession.

Les inquiétudes à ce sujet se sont accrues ces dernières semaines à mesure que la croissance faiblit. Le produit intérieur brut s’est même contracté de 1,4 % au premier trimestre, en rythme annuel.

Les experts se veulent rassurants, notant que la consommation, moteur historique de la croissance aux Etats-Unis, tient le coup.

Mais dans un contexte de guerre en Ukraine, de ralentissement de l’économie chinoise et européenne, une récession ne semble plus un risque lointain.

Les dirigeants de la Fed pensent actuellement qu’ils seront en mesure de ramener l’inflation à leur objectif de 2% sans augmenter les taux au-dessus de 3% pour éviter une demande en perte de vitesse. Il s’agit, disent-ils, d’une fourchette « neutre » conçue pour ni stimuler ni ralentir la croissance économique.

Un impact bien au-delà des États-Unis

Delphine TOUITOU et Heather SCOTT
Agence France-Presse

La Banque centrale américaine va, sauf surprise, relever mercredi ses taux d’intérêt, la deuxième hausse en moins de deux mois avec l’objectif de juguler l’inflation à son plus haut depuis 40 ans.

C’est la seule certitude tant les interrogations sur la future politique monétaire de la Réserve Fédérale (Fed) et ses effets qui pourraient se faire sentir sur l’ensemble de l’économie mondiale sont nombreuses.

Quel est l’objectif et combien de relances ?

Aux États-Unis, le défi consiste à tempérer les pressions sur les prix sans faire basculer la première économie mondiale dans la récession. Un exercice délicat alors que l’économie américaine a déjà fortement ralenti. Le PIB s’est même contracté de 1,4 % au premier trimestre.

La hausse de mercredi devrait être d’un demi-point de pourcentage, la première depuis mai 2000, ce qui amènerait les taux dans une fourchette comprise entre 0,75 % et 1 %.

En mars, la Fed a signalé la possibilité de six autres hausses d’ici la fin de l’année.

Une majorité d’économistes prévoient maintenant une autre hausse encore plus agressive de trois quarts de point de pourcentage lors de la réunion de juin, ce qui serait une première depuis 1994.

Ils comptent sur le président de la Fed, Jerome Powell, pour donner des indications sur l’ampleur des prochaines hausses mercredi lors de sa conférence de presse.

Quel impact sur les marchés ?

Des taux d’intérêt plus élevés peuvent avoir un impact négatif sur le marché boursier.

Avec des coûts d’emprunt plus élevés, les entreprises pourraient investir moins. Si leurs coûts sont plus élevés et que leur activité est moins dynamique, une baisse des revenus et des bénéfices peut impacter la valeur de leurs actions.

Nous ne pouvons pas non plus exclure un aspect psychologique sur la façon dont les investisseurs perçoivent les conditions de marché. Les courtiers pourraient se tourner vers des placements plus défensifs, sans attendre que le long processus de hausse des taux d’intérêt se fasse sentir dans l’ensemble de l’économie.

Quel impact sur la dette des pays pauvres et émergents ?

Pour les économies émergentes et en développement, qui s’endettent en dollars, le risque est d’être submergé par le coût du crédit.

Depuis des mois, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale alertent sur les risques pour ces pays d’une remontée trop rapide des taux d’intérêt par la Fed.

Déjà lourdement endettés avant la pandémie, ils ont en effet accumulé encore plus de dettes pendant la crise sanitaire au point que 60% des pays à faible revenu sont déjà surendettés ou proches de celui-ci.

Quel effet sur les flux de capitaux ?

Lorsque les taux d’intérêt augmentent aux États-Unis ou dans d’autres économies avancées, les investisseurs retirent des fonds des marchés émergents où ils avaient afflué à la recherche de rendements plus rémunérateurs.

En 2013, avant même la hausse des taux, les investisseurs avaient anticipé une baisse des injections de liquidités de la Fed, ce qui avait fait chuter les devises brésilienne, turque et indienne.

Si la Fed confirme le changement de cap lors d’autres réunions cette année, cela mettrait la pression sur les économies émergentes qui ont besoin de fonds et pourrait donc affaiblir certaines devises. Les banques centrales de ces pays peuvent réagir avec des taux d’intérêt plus élevés, mais cela mettrait plus de pression sur l’activité économique.

Qu’en est-il du marché immobilier américain ?

Aux États-Unis, le taux directeur de la Réserve fédérale influence notamment le coût des crédits immobiliers et des crédits à la consommation.

En mars 2020, la Fed avait abaissé son taux directeur dans une fourchette comprise entre 0% et 0,25%. Cela a eu pour effet de stimuler le marché immobilier.

Mais le bond des ventes combiné à une offre limitée de propriétés s’est également accompagné d’une forte hausse des prix des maisons alors que les constructeurs peinent à achever leurs programmes en raison de problèmes d’approvisionnement mondial et d’une pénurie. de travailleurs.

Cependant, avant même la première hausse de mars (+0,25 point de pourcentage), les demandes de crédit immobilier ont ralenti et les ventes de maisons ont chuté en mars.


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